NON aux carrés musulmans!
Le 3 avril 2007, sous le titre “Les musulmans : des citoyens pas comme les autres?”, le groupe UDC/SVP, par Antoine Carraux, député suppléant, avait déposé une interpellation dont le texte était le suivant :
A Monthey, la communauté musulmane (turque, en l’occurrence) a franchi un pas supplémentaire par rapport aux diverses étapes de la progression de l’Islam dans notre canton : elle revendique en effet le droit d’aménager un “carré musulman” au cimetière de Choëx/Monthey, c’est-à-dire le droit, pour les musulmans, d’être enterrés non seulement dans la direction de La Mecque, mais séparément des autres (autrement dit, une forme de discrimination).
On sait que pour les musulmans, cette revendication est loin d’être innocente. Elle recouvre en effet bien autre chose que, comme le Président de Monthey a cru pouvoir l’écrire, le simple aménagement d’un “espace réservé à une génération de migrants vivant en Suisse depuis des décennies et qui se sentent suffisamment intégrés pour renoncer à être rapatriés dans leur pays d’origine”.
Dans ce contexte, le Conseil d’Etat est invité à
1. faire part de son analyse de la véritable signification (ou des significations), pour les musulmans, de “carrés musulmans” dans les cimetières;
2. rappeler quelle est sa conception de l’intégration et indiquer en particulier si le refus de nous côtoyer dans la mort ne doit pas être interprété comme une manière de refuser de vivre harmonieusement avec nous;
3. indiquer en quoi les musulmans devraient être considérés comme si différents des autres citoyens et autres personnes résidant dans ce canton qu’ils devraient être autorisés à bénéficier de cette forme particulière de discrimination qu’ils revendiquent aujourd’hui au cimetière de Choëx;
4. indiquer si l’admission éventuelle d’une telle revendication ne risquerait pas d’ouvrir la porte à des revendications similaires de la part d’autres religions;
5. indiquer si, à son avis, en particulier sous l’angle des principes constitutionnels en vigueur, la création de “carrés musulmans” est tolérable dans les cimetières valaisans;
6. indiquer quels moyens il peut (légalement) et entend (politiquement) mettre en œuvre pour les interdire.
Rendue publique tout récemment, la revendication qui fait l’objet de cette intervention est d’une actualité brûlante, tout comme le débat public qui s’est engagé sur ce sujet important. Rien ne permettait de prévoir qu’une telle revendication serait formulée ces temps-ci. Enfin, dans la mesure où le Gouvernement considère qu’il dispose de moyens d’intervenir dans une telle matière, il est indispensable qu’il puisse donner sa position avant que la commune concernée n’ait statué.
Voici en quels termes Antoine Carraux a développé cette intervention le 11 octobre 2007 :
Au moment où cette interpellation concernant les carrés musulmans a été déposée, en avril de cette année, il semblait, à lire ce que la presse en avait dit, qu’une demande formelle avait été faite par la communauté turque de Monthey.
Depuis lors, on a appris qu’en réalité, aucune demande formelle n’a été déposée dans ce sens et que la démarche qui avait été rapportée par la presse n’était vraisemblablement qu’un ballon d’essai dont l’objectif était de tester les autorités et de voir leur réaction. On n’a d’ailleurs pas été déçu en lisant celle du Président de Monthey, qui ne semble pas voir (ou pas vouloir voir) ce qui se cache derrière ce qu’à l’époque, il présentait comme le simple aménagement d’un “espace réservé à une génération de migrants vivant en Suisse depuis des décennies et qui se sentent suffisamment intégrés pour renoncer à être rapatriés dans leur pays d’origine”.
Mais même en l’absence de toute procédure formelle (ce n’est sans doute qu’une question de temps…), la question des carrés musulmans reste d’actualité. Et il est indispensable qu’en Valais, on se prépare, que ce soit au niveau cantonal ou dans les communes, à répondre aux revendications toujours plus nombreuses et toujours plus pressantes des musulmans. Car les carrés musulmans sont une chose. Mais nous savons tous qu’il y a aussi la ségrégation entre filles et garçons dans les piscines, les minarets et, au bout du compte (mais c’est déjà en route si on se souvient d’une décision pas si lointaine de la Commission de recours en matière d’asile), l’application de la charia ici, chez nous, en terre chrétienne.
Dans ce sens, pour qu’ici, en Valais, nous soyions prêts, nous attendons avec un grand intérêt les réponses du Gouvernement à des questions que nous devons tous nous poser.
Et voici la réponse du Conseil d’Etat :
La question du carré confessionnel appelle la remarque suivante :
Dans l’islam, l’espace de la mort, à son origine, ne relève pas de la prescription coranique et le carré confessionnel n’est donc pas constitutif de la foi. Il ne représente dès lors pas une priorité pour la pratique religieuse dans l’islam et ne l’est d’ailleurs pas dans de nombreux pays à forte composante musulmane.
De ce fait déjà, le carré confessionnel ne se justifie pas sur notre territoire.
Par contre, dans notre société suisse, le cimetière laïque est profondément ancré. La dernière guerre de religions dans notre pays qu’a constitué le Sonderbund, a abouti aux constitutions fédérales de 1848 puis de 1874. La gestion de l’état civil a été retirée aux prêtres et pasteurs et confiée aux officiers de l’état civil laïques. Quant à la gestion des cimetières, elle a été confiée aux autorités communales.
Le Conseil fédéral, en 1888, avait élaboré un projet de loi sur les sépultures qui visait à assurer l’égalité de traitement et l’égalité des êtres devant la mort en application de nos principes démocratiques. Riches ou pauvres, puissants ou inconnus, croyants ou non, l’objectif était bien que chacun soit enterré dans le cimetière communal sans aucune distinction. Ce projet de loi a finalement été abandonné, le Conseil fédéral ayant préféré faire confiance au bon sens pour l’application de ces principes, sans avoir besoin de recourir à une législation spécifique.
Même si l’on a connu dans certains endroits de grandes réticences concernant notamment la sépulture de personnes divorcées ou ayant mis fin elles-mêmes à leurs jours, chacun est acquis aujourd’hui à l’égalité devant la mort, qui découle – comme je viens de le dire – de l’égalité des êtres. Chacun est également attaché à nos cimetières communaux, où tous nos défunts sont enterrés côte à côte.
Il est incontestable que la laïcisation des cimetières a participé et participe encore à notre cohésion nationale. Elle correspond à notre conception de l’égalité et de la démocratie. C’est dans ce sens, Monsieur le député, que le Conseil d’Etat encourage vivement les communes à continuer de gérer les cimetières de nos villes et villages. L’art. 152 de la loi sur la santé et l’ordonnance d’application du Conseil d’Etat du 17.03.1999 qui règlent les questions plus techniques de gestion des sépultures et des cimetières respectent les principes constitutionnels et contiennent les dispositions suffisantes pour assurer la pérennité du cimetière tel que nous le voulons, c’est-à-dire respectueux de l’égalité de tous les citoyens, même au moment de leur mort.
L’entrée en matière pour des sépultures différenciées selon les religions, qui correspondant à une demande actuelle de certaines communautés musulmanes, heurterait le principe constitutionnel d’égalité devant la loi et risquerait de porter atteinte à la cohésion nationale. Elle serait suivie inévitablement de revendications similaires de la part d’autres communautés religieuses, ce qui ne manquerait pas à moyen terme d’avoir des conséquences fâcheuses pour notre société. Vous penserez peut-être que j’ai beaucoup insisté sur la cohésion nationale, mais vous pouvez constater comme moi qu’elle doit demeurer une priorité des autorités politiques à tous les niveaux.
Enfin, si l’intégration stipule de bonnes conditions d’accueil, il n’en demeure pas moins qu’elle stipule aussi une volonté de la part des populations migrantes de s’accoutumer aux us et coutumes de notre pays et d’accepter l’ordre constitutionnel et démocratique dont il s’est doté au cours des siècles.












