Pour une politique de la drogue sans poudre aux yeux
La prescription d’héroïne érigée en traitement et l’ouverture de «shootoirs» sous prétexte de «réduction des risques» sont incompatibles avec l’objectif de l’abstinence que le Conseil national propose d’assigner comme but à la loi fédérale sur les stupéfiants.
«La loi fédérale a pour but de prévenir la consommation de stupéfiants et de substances psychotropes en favorisant l’abstinence.» Ce principe directeur a été inscrit de haute lutte dans le projet de révision partielle de la loi sur les stupéfiants. Si le Conseil des Etats suit le National sur ce point, on pourra utilement se référer au nouvel article premier de la LStup lors du débat sur l’initiative «pro-cannabis» prévu en 2008.
Le National, hélas, a aussi ancré dans la loi la prétendue «réduction des risques» et la prescrip-tion d’héroïne érigée en traitement remboursé par les caisses-maladie. Loin d’avoir fait leurs preuves, ces mesures introduites dans les années 90 torpillent la prévention et la thérapie axée sur l’abstinence, ainsi que, dans le cas des locaux d’injection, la répression. Elles s’inscrivent dans le cadre d’un projet de nature politique, celui d’une légalisation complète de toutes les drogues.
La prescription médicalisée d’héroïne, comme le relevaient les experts mandatés par l’OMS dans leur rapport de 1999, n’est pas, pour les héroïnomanes, une alternative thérapeutique ayant fait ses preuves. On sait même aujourd’hui qu’elle constitue le plus sûr moyen de maintenir les malades dans leur camisole de force chimique. Depuis 1994, près de 3′000 héroïnomanes ont re-çu de la «dope» fédérale. L’OFSP n’a pas encore été en mesure de signaler un seul cas – ou de produire un seul témoignage – de participant qui serait devenu abstinent après avoir passé par un programme d’héroïne.
Lors du débat au Conseil national, M. Couchepin a indiqué que «sur 1′280 patients en 2004, 15% ont réussi à s’en sortir et ont abouti à l’abstinence». Ces chiffres sont faux. Le rapport de l’OFSP pour 2004 indique que, cette année-là, sur 1′273 patients en traitement, 182 ont quitté les programmes d’héroïne, dont 13,2% (soit 24 patients seulement) sont passés à une thérapie orientée vers l’abstinence. Cela ne signifie pas encore que ces 24 personnes (2% des patients en traitement en 2004) soient devenues abstinentes.
Une étude de suivi (Güttinger et al., 2003) montre par ailleurs que, dans une cohorte de 366 personnes entrées en traitement entre janvier 1994 et mars 1995, et parmi les 112 personnes qui ont pu être interrogées six ans après le début de leur traitement, 18 seulement déclaraient avoir été abstinentes durant les six mois ayant précédé l’interview; qu’en est-il un ou deux ans plus tard?
Avec l’accession officielle de la «réduction des risques» au rang de quatrième pilier de la politi-que de la drogue, c’est aussi le local d’injection qui acquiert un statut légal. La mise à disposi-tion d’une telle «structure» est pourtant contraire à l’objectif de l’abstinence ancré dans le projet de loi.
Des professionnels des thérapies axées sur l’abstinence ont expliqué combien l’installation confortable des toxicomanes dans leur dépendance leur enlevait toute motivation pour entre-prendre un sevrage et un traitement de réhabilitation. On leur dit en quelque sorte: «Je te donne ce qu’il faut, mais fiche-moi la paix!».
Les traitements axés sur l’abstinence souffrent gravement de la multiplication des locaux d’injection et du développement de la distribution d’hé¬roïne. Entre 1999 et 2005, 44 institutions résidentielles (soit le quart de l’offre totale) ont purement et simplement disparu. Ce mouvement se poursuit inexorablement. Comme l’enveloppe budgétaire consacrée à la politique de la dro-gue n’est pas extensible à l’infini, une grande partie des fonds affectés aux «shootoirs» et aux «narco-cliniques» le sont forcément aux dépens des institutions résidentielles à seuil d’exigences élevé.
De surcroît, les locaux d’injection ne contribuent aucunement à résoudre le problème des serin-gues abandonnées ni celui des surdoses mortelles, en forte progression en 2005 (+16%). Quant aux virus de l’hépatite, ils continuent d’infecter un nombre considérable de toxicomanes.
Véritable zones de non-droit, les locaux d’injection sapent les efforts de prévention et consti-tuent un puissant signal pour les dealers. Ils compliquent le travail de la police, puisque celle-ci n’est plus autorisée à poursuivre le trafic de «fourmis» ni la détention de drogues dans leurs pa-rages. De surcroît, ils créent des nuisances insupportables pour le voisinage, comme le montrent à Berne la fermeture de nombreux commerces voisins et à Genève une pétition demandant la fermeture du local ou son déplacement à la périphérie de la ville.
Dans l’intérêt de l’ensemble de la société, et bien sûr aussi des toxicomanes, l’aide à la vie doit l’emporter sur une politique de prétendue «réduction des risques» qui ne contribue à réduire ni l’offre, ni la demande de drogues, bien au contraire.
© Jean-Philippe Chenaux, Service d’information du centre patronal, 29.05.2007












