La biométrie ou la dégradation de la dignité humaine
Extrait de suissnet.info, cet excellent article de “Millenium”
Dans quelques temps nous allons devoir voter sur l’introduction d’un passeport biométrique obligatoire pour tous. Si bon nombre d’arguments, plus ou moins pertinents, ont été jusque là avancé par les deux camps, en revanche, il semble que personne n’ait touché au fond du problème.
On se contente d’ergoter sur la centralisation des données ou alors sur les effets que pourrait avoir son introduction sur le tourisme, voir sur les fantasmes apocalyptiques qui sont prêtés aux opposants. Par contre, pas un mot sur son impact sur la conception de l’Homme.
Lorsque Christophe Darbellay prédit les dix plaies d’Egypte sur l’industrie touristique, outre le fait qu’il donne la une bien piètre image de l’offre fournie en la matière, il révèle là une conception bien peu flatteuse de ce qu’est un être humain, fut-il touriste ou non.
Si quelques petites tracasseries administratives font fuir les touristes potentiels, alors c’est, d’une part, qu’on n’a vraiment rien à proposer et qu’il est urgent de se recycler dans un autre domaine et, d’autre part, que le client potentiel n’est mû que par des sortes de réflexes reptiliens. Qu’en est-il de sa volonté propre ? N’est-il qu’une simple bestiole réactive à certains stimulis (Dans le genre, je perds dix minutes en démarche, alors je vais ailleurs…) et qui subit donc totalement la société ?
Ou alors est-il doté de quelque chose de plus proactif, de quelque chose qui lui permet de surmonter ces quelques difficultés ? La vision de l’Homme qu’offre le PDc par son argumentation est bien triste.
Mais il y a pire encore. L’introduction du contrôle des empreintes digitales comme moyen d’identification marque un tournant historique dans le rapport que l’humain entretient avec la loi. Jusqu’ici, toute personne était innocente jusqu’à preuve du contraire. On partait du principe que l’être était honnête et c’est à l’accusation qu’incombait la charge de démontrer qu’il s’agissait là d’un mouton noir. Dans toute procédure normale, c’est en tout cas le schéma qui prévalait.
Mais avec l’introduction de la biométrie, la perspective est renversée. Le raisonnement qui sous-tend son arrivée est que tout-un-chacun triche potentiellement au sujet de son identité. Fini la présomption d’innocence. Il va s’agir maintenant à l’accusé de prouver (par des données physiologiques) au grand Inquisiteur qu’il est, pour le moment, encore dans le camp des innocents.
L’introduction du passeport biométrique et l’argumentation qui l’accompagne sont une grave atteinte à la dignité de l’Homme. C’est un devoir pour quiconque que de rejeter durement cette sinistre dérive.
Millenium de suissnet.info
Article original – La biométrie ou la dégradation de la dignité de l’homme












