Il est sans doute dans la nature de toute justice que de provoquer chez les justiciables déboutés un sentiment de frustration et d’injustice. D’où la tentation de mettre en cause l’indépendance des juges. Au banc des accusés pour les juges du Tribunal fédéral : les partis politiques, dont les représentants élisent ces magistrats.

Le Tribunal rendrait-il toutefois des arrêts plus justes si ses juges, plutôt que d’être élus par une autorité politique (l’Assemblée fédérale), l’étaient au hasard d’un tirage au sort ?

La question n’est pas si simple.

Car avant d’être tirés au sort, les candidats à notre Haute Cour subiraient une sélection, opérée par une « commission spécialisée ». A la bonne heure ! Et qui nommerait les membres de cette commission ? Le Conseil fédéral !

En somme, cette influence politique que d’aucuns espèrent chasser par la porte, voici qu’elle rentrerait par la fenêtre !

A lire ou à entendre certains propos de campagne, le climat ambiant, en lien avec la votation sur le pass Covid, encourage divers citoyens à soutenir l’initiative sur la justice en signe de défiance à l’égard des autorités. Qu’ils se demandent toutefois à quoi pourrait bien rimer une défiance qui donnerait les clés du Tribunal fédéral au Conseil fédéral, à celui-là même, donc, qui porte la responsabilité de la gestion de la crise que nous vivons et cette division de notre société jusqu’au sein même de nos familles parfois !

Quant à moi, plutôt que de jouer à une douteuse loterie organisée par le Conseil fédéral, je préfère dire NON, le 28 novembre, à l’initiative sur la justice.

Jean-Luc Addor
Avocat
Conseiller national
Vice-président de l’UDC du Valais romand