Nous avons lu attentivement le rapport intermédiaire de l’Inspection des finances (IF) concernant les révélations faites par M. Joël Rossier dans une série de rapports transmis après sa démission. De notre point de vue, ce rapport donne raison à Joël Rossier sur la plupart des points puisque des correctifs ont dû être apportés après sa démission. Le rapport décrit les mesures prises et conclut qu’il n’existe pas de risque inconnu en ce moment. Le rapport a par contre évité de se prononcer sur les causes des situations de crise dans le département, en particulier de la pollution de la nappe phréatique. Or, cette pollution est justement la conséquence prévisible et évitable des travaux sur le Rhône effectués par le canton.

Dans la plupart des thématiques étudiées, le rapport décrit les mesures prises après le départ de M. Rossier, montrant ainsi que ses critiques étaient justifiées. Voici quelques exemples:

  • Rossier avait dénoncé une fausse déclaration du décompte des heures effectuées envoyée à l’Office fédéral des routes (OFROU). Suite à la démission de M. Rossier, l’OFROU a procédé à un audit en septembre 2019 et a effectivement trouvé que le Valais avait perçu 134’225 francs en trop, un montant qui sera remboursé par le canton. La juriste considère que la situation est maintenant régularisée. Nous sommes quelque peu étonnés qu’il suffise de rembourser un montant obtenu par une fausse déclaration pour éviter toute conséquence.
  • Rossier avait dénoncé l’inactivité du département concernant l’assainissement des stands de tir. La situation a été réglée en décembre 2019 par un décret urgent alors que cela faisait 10 ans que le problème était connu. Là encore, M. Rossier avait raison de demander au département d’agir.
  • Au sujet de l’assainissement des installations recevant du feu, le service juridique a finalement accepté en septembre 2019, après la démission de M. Rossier, le texte qui lui avait été soumis en mai 2018.
  • En ce qui concerne la garantie financière en lien avec des obligations environnementales, celle-ci a été obtenue le 20 novembre 2019, là encore après la démission de M. Rossier

Dans son avis de droit, la professeure Anne-Christine Favre a évalué la situation actuelle après les corrections apportées et non la situation antérieure. Si M. Rossier n’avait pas démissionné en déposant aux autorités de surveillance les rapports, ces problèmes seraient selon toute vraisemblance restés cachés. Dans le futur, il faut que le département protège et écoute les lanceurs d’alerte et procède aux corrections nécessaires avant d’y être forcé par la pression populaire et médiatique.

De notre point de vue, le problème le plus alarmant touchant le département de Jacques Melly est la pollution de la nappe phréatique dans le Haut-Valais. À ce sujet, Mme. Favre et l’IF notent que le Conseiller d’Etat a réagi et communiqué après avoir appris cette pollution. Par contre, ils ne se sont pas penchés sur les causes de cette pollution : “Les problèmes relayés par ce dernier avec l’OCCR3 interpellent sans aucun doute. Ces difficultés montrent que la gouvernance d’un tel dossier nécessite probablement réflexion. Toutefois, l’objet du mandat de Mme la Prof. Favre se limitera à examiner si, au final, la solution adoptée pour faire face à la remontée de la nappe phréatique, par rejets dans le Rhône d’eau contaminée contenant de la benzidine, est conforme au droit ou non.” Le rapport décrit donc la gestion de la crise environnementale mais reste muet sur ses causes.

La pollution est décrite comme étant “une situation totalement imprévue et non mentionnée dans les rapports d’impact liés à la troisième correction du Rhône”. Or, cela fait des années que l’UDC (en particulier le député Albert Pitteloud) a averti que les travaux d’élargissement du Rhône provoqueraient une remontée de la nappe avec des risques élevés de pollution. Ces craintes se basent sur les résultats de tout un programme de recherches réalisé par l’Institut fédéral suisse des sciences et technologies aquatiques (EAWAG) basé à l’EPFZ. Ces travaux sont interdits dans les périmètres de protection des eaux souterraines depuis 2004. Le chef du département ainsi que le chef de l’office concernés n’ont pas voulu écouter les mises en garde. La nappe phréatique est déjà remontée en 2013. La pollution au dioxane a été révélée en 2014, celle à la benzidine en 2019. Aujourd’hui encore, malgré tous ces éléments, le département refuse de modifier le projet pour en tenir compte. Cela mènera indubitablement à de nouvelles crises. Jacques Melly réagira. Un avis de droit confirmera qu’il a réagi. Mais la pollution se sera encore une fois aggravée.

Blaise Melly, député
Grégory Logean, chef du groupe UDC VR au Grand Conseil
Jérôme Desmeules, Secrétaire général de l’UDCVR