Sous ce titre, extrait de www.commentaires.com, ce texte de Pascal Décaillet :

La victoire de l’initiative UDC sur le contreprojet est celle, classique en politique, de l’original sur la copie. Le thème de la criminalité étrangère a été empoigné dès les années 1990 par l’UDC, par l’UDC seule, par l’UDC contre tous. En ce temps-là, la gauche, déjà, criait au fascisme. Mais pire : les partis dits de « centre-droit », libéraux, radicaux et PDC, faisaient semblant de ne pas voir le problème. Ils savaient bien, pourtant, qu’il en existait un, mais ne voulaient pas salir leur costume trois-pièces de notables dans la fange de ce caniveau-là.

Sur ce thème, comme sur pas mal d’autres, ce « centre-droit qui a fait la Suisse » est devenu, dans les quinze dernières années, le champion toutes catégories du contreprojet. Plus nuancé, à coup sûr, plus atténué, plus « présentable » dans un salon que les textes bruts de décoffrage du premier parti de Suisse. Le problème, c’est qu’un contreprojet, aussi achevé soit-il, c’est déjà le suivisme. C’est déjà la politique par le rattrapage. C’est la copie, face à l’original. Le peuple suisse n’est pas dupe : tant qu’à faire, il choisit l’original.

La vérité, c’est que « le centre-droit qui a fait la Suisse » ne la fait plus du tout. Au Parlement, les alliances gauche/UDC se multiplient. Et l’addition, de toute manière, des forces des deux anciens ennemis du Sonderbund, n’arrive qu’à un tiers de l’électorat. Le deuxième tiers, c’est la gauche. Le troisième, c’est l’UDC. Il y a donc, ce soir, plus que jamais, trois Suisses.

Le grand vainqueur de dimanche soir, c’est la vieille Suisse conservatrice que ne cesse de mépriser, depuis vingt ans, à vrai dire depuis la campagne du 6 décembre 1992, tout un monceau d’arrogance urbaine à prétention éclairée, internationaliste, délivrée de l’archaïque notion de frontière. Oui, il y a là une revanche de la Vieille Suisse, et ceux qui ont étudié le Sonderbund, notamment en Valais, savent à quoi je fais allusion. Cette Suisse, profonde, ne cesse d’avaler des couleuvres, ronge son frein pendant qu’on la ravale au primitivisme. Mais, quatre fois par an, elle se rappelle à notre bon souvenir. Dans une liturgie qui s’appelle les votations.

En octobre de l’an prochain, on la retrouvera, cette vieille dame-là. Dans un autre rite : les élections.