Le PDC a gagné au Tribunal fédéral et obtenu le droit de faire répéter le vote sur son initiative populaire « Pour le couple et la famille – Non à la pénalisation du mariage ». D’emblée, ce parti qui se dit celui de la famille s’est montré curieusement embarrassé par sa propre victoire, une victoire dont il ne savait pas que faire. Pourquoi ? Parce que dans ses propres rangs, on n’accepte plus l’un des volets de cette initiative. Celle-ci demande certes la fin d’une inégalité de traitement dont souffrent les couples mariés, en matière de fiscalité et d’assurances sociales, par rapport aux personnes qui ont d’autres modes de vie. Mais elle définit le mariage… Et comment ? Comme « l’union durable et réglementée par la loi d’un homme et d’une femme ». Voilà donc ce qui dérange, au sein même du « parti de la famille ».

Dans sa réponse à la motion de notre conseiller national Jean-Luc ADDOR qui demande que l’on organise un nouveau scrutin pour revoter sur cette initiative https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20193451, le Conseil fédéral a considéré que non seulement le peuple, mais aussi le Parlement ont pu être induits en erreur par son appréciation du nombre des couples touchés (non pas 80 000, mais plus de 450 000). Il préconise dès lors un nouveau traitement par les Chambres fédérales, puis l’organisation d’un nouveau scrutin qui peut et doit avoir lieu le 27 septembre 2020 au plus tard.

L’objectif est donc à portée de main.

Mais que fait le PDC Suisse ? Au lieu d’exploiter sa victoire, il est un peu comme le joueur de tennis qui a le « petit bras » une fois monté au filet. Voici qu’à la veille de la rentrée politique, son président, pourtant jugé si conservateur par certains, fait une proposition proprement révolutionnaire : abandonner la définition traditionnelle du mariage. Rien que ça !

Cette annonce du président du PDC Suisse est d’une grande portée et marque un tournant dans la politique suisse : le PDC n’est plus le parti de la famille !

Non pas qu’il aurait perdu cette étiquette qu’autrefois, il revendiquait fièrement. Non. Simplement parce qu’il ne croit plus à la famille traditionnelle. Il ne croit plus que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme. Il fallait oser. Le président Gerhard Pfister l’a fait. L’étape suivante, ce sera quoi ? La suppression du “C” chrétien, comme les Jeunes PDC Suisse semblent le réclamer ?

Dans l’immédiat, passons sur l’absurdité d’une démarche qui prétend en finir avec une forme d’inégalité dont souffrent les couples mariés en matière de fiscalité et d’assurances sociales… sans plus définir ce qu’il faut entendre par “mariage”. Passons aussi sur cette manœuvre dont la RTS croit qu’elle permettra au PDC de se réapproprier à son avantage le débat sur la fiscalité des couples mariés. Pensons juste à ces plus de 450 000 couples qui, au lieu de pouvoir revoter en septembre 2020 déjà, resteront victimes pendant des années encore d’une inégalité coûteuse. Merci qui ?

Enfin, ce qui se profile derrière cette pantalonnade du président du PDC Suisse, c’est le mariage pour tous.

De cela, l’UDC, clairement, n’en veut pas.

Mais qu’en est-il des conservateurs qui restent dans ce parti qui, en Valais, se nomma jadis… conservateur ? Vont-ils s’exprimer ces prochains jours au sujet de la position de leur président suisse ? Et le PDC du Valais romand, sans parler des autres composantes de la « famille C » en Valais, qu’en pense-t-il ?

Quant au PDC Suisse, après sa victoire au TF, vis-à-vis de tous ceux qui ont travaillé à faire aboutir cette initiative qui ne demande qu’à être à nouveau soumise au peuple, vis-à-vis de ceux qui, avec l’UDC d’ailleurs, se sont engagés dans la campagne de votation de février 2016, osera-t-il retirer son initiative et demander à sa base de retourner dans la rue pour la même chose… après avoir toutefois passé par-dessus bord un principe qui, pour le PDC (mais aussi pour l’UDC), est un principe fondateur ?

En l’état, une conclusion s’impose : le seul parti qui défend encore la famille, le seul qui peut se dire le parti de la famille, c’est l’UDC !

UDC du Valais romand
Cyrille Fauchère, député et conseiller municipal, président
Jean-Luc Addor, conseiller national, vice-président