L’initiative « Stopper le mitage » des jeunes verts exerce un pouvoir de séduction non négligeable. Ce n’est pas tant par son verbiage écolo-bobo sur les « quartiers durables », mais plutôt par son appel du pied à des agriculteurs qui se sentent parfois abandonnés et à ceux de nos concitoyens qui s’inquiètent de la surpopulation. Nous nous devons dès lors de la prendre au sérieux.
Les agriculteurs d’abord. Ce sont des gens pragmatiques. Espérons donc qu’avant de céder aux sirènes écologistes, ils se souviendront de ce que les verts et ceux qui les suivent font au Parlement. Peuvent-ils oublier que ceux qui, aujourd’hui, essaient de les instrumentaliser, ce sont ceux-là mêmes qui, depuis des années, avec la gauche, tentent de réduire leur budget et cherchent à transformer notre agriculture productrice en une sorte de jardinage visant à entretenir le paysage ? Ne serait-ce que pour cela, les agriculteurs tentés par cette aventure ont avantage à y regarder à deux fois. S’ils lisent bien le texte de l’initiative, ils verront que celui-ci rendra plus difficile encore qu’aujourd’hui le recours à des productions hors sol (légumes en serres ou encore volailles en halles) pour lesquelles le terrain sera raréfié et deviendra hors de prix (car les terres agricoles seront, plus encore qu’aujourd’hui, strictement réservées à une agriculture dépendante du sol). Enfin, les théoriciens du mitage, on les connaît. Ce sont les mêmes que ceux de la mondialisation. Or, la mondialisation, la disparition des frontières, c’est le plus sûr moyen de tuer notre agriculture et nos agriculteurs.

La surpopulation ensuite. Constatons d’abord que si nous semblons nous diriger vers une Suisse à 10 millions d’habitants, ce n’est pas parce que nous Suisses avons plus d’enfants… C’est juste la conséquence d’une immigration incontrôlée. Après le coup de tonnerre du 9 février 2014, le Parlement a cru pouvoir mettre le problème sous le tapis. Le voilà, toutefois, qui resurgit. Inexorablement, une population de plus en plus nombreuse s’entasse dans un pays toujours aussi petit. D’où la tentation, chez certains, de voir dans la lutte contre le mitage le moyen de réussir là où ils ont échoué dans la lutte contre une immigration de masse qui continue à submerger l’Europe et la Suisse en particulier. A ces déçus, nous devons déjà dire une chose toute simple : figer les surfaces agricoles n’empêchera pas un seul immigré d’entrer en Suisse, clandestinement ou non ; et une fois chez nous, que ferons-nous de ces gens ?
Si nous suivons les jeunes verts, nous n’aiderons donc pas un agriculteur. Et sans contrôle de l’immigration, la population résidente continuera à augmenter tout autant.
Mais à quel prix ?
Sous couvert de lutte contre le mitage, nous subirons en réalité un mitage fantastique. Celui, d’abord, de l’autonomie des cantons et des communes au profit d’une centralisation toujours plus grande et d’une planification « soviétique » du sol par des fonctionnaires depuis leur bureau. Et celui de nos libertés, à commencer par le droit de propriété, avec en perspective d’autres dézonages sans indemnisation et, pour les habitants de la campagne et des vallées, celle de s’entasser toujours plus dans des agglomérations déjà surpeuplées avec des logements toujours plus chers. C’est la classe moyenne, ce sont les petites gens qui vont trinquer.
Vous avez eu la LAT. Vous avez eu la Lex Weber. Vous allez aimer l’initiative contre le mitage…
Vous voulez rester libres ? Vous ne voulez pas payer toujours plus cher pour vous loger ? Vous voulez une agriculture indigène productrice ? Alors votez NON, le 10 février, à l’initiative des jeunes verts !
Jean-Luc Addor
Conseiller national
Vice-président de l’UDCVR