La crise dans laquelle les mesures prises pour lutter contre le Covid a plongé notre pays a montré l’importance d’une agriculture productrice de proximité, capable de nous nourrir même lorsque les échanges internationaux sont ralentis. Ça s’appelle la souveraineté alimentaire. C’est ce que les Suisses avaient voulu il n’y a pas si longtemps, en 2017, à une majorité de près de 80%, en acceptant d’ancrer dans la constitution fédérale le principe de la sécurité alimentaire.

La nécessité, pour un pays, de préserver sa capacité à nourrir sa population… Avons-nous déjà oublié à quel point c’est important ?

Car quelles seraient les conséquences pratiques, derrière une terminologie séduisante, de ces deux initiatives qu’il n’est pas exagéré de qualifier d’anti-agricoles ? Exactement l’inverse !

Prenons d’abord l’initiative « pour une eau potable propre et une alimentation saine ». Elle ne rendrait pas notre eau plus propre ni notre alimentation plus saine. Elle priverait des paiements directs (donc, d’une part importante de leur revenu) les paysans qui continueraient à utiliser certains produits qui, dans la réalité, sont absolument indispensables pour garantir le niveau de production de denrées alimentaires et de viande suisses. Notre taux d’auto-approvisionnement s’élève aujourd’hui à 60%. Ce n’est déjà pas beaucoup. Il tomberait à 40%. Clairement pas assez pour nourrir les Suisses en temps de crise, des Suisses dont la dépendance à des marchés internationaux incertains augmenterait d’une manière spectaculaire et dangereuse dans des domaines importants comme la production d’huile, de sucre, de pommes de terre ou encore de fruits et légumes suisses.

Moins de produits indigènes pour plus de produits importés (dont certains, en « prime », cultivés avec un recours massif aux OGM) et en prime, faire crever nos agriculteurs, est-ce là, vraiment, ce que nous voulons ?

Quant à l’initiative « pour une Suisse libre de pesticides de synthèse », elle aurait des effets identiques : les produits agricoles suisses deviendraient plus difficiles à obtenir et surtout hors de prix pour les consommateurs ; quant au tourisme d’achat, que nous essayons aujourd’hui de limiter pour défendre nos producteurs suisses, il exploserait.

Une agriculture bio pour une poignée de riches qui deviendrait hors de portée pour ceux qui ne peuvent pas aller faire leurs courses en zone frontalière avec des produits cultivés dans des conditions parfois douteuses, porter un coup fatal à nos agriculteurs et à toute notre économie agroalimentaire, est-ce là ce que nous voulons ?

La crise est encore là. Bien là. L’avons-nous déjà oublié ? Ces initiatives extrêmes, après le passage de cette crise dont nous ne sommes pas près de sortir, on peut dire qu’elles sont dépassées et surtout contre-productives et dangereuses.

La réalité, c’est que nous avons besoin de nos agriculteurs. Nous avons besoin d’une agriculture capable de produire de quoi nourrir notre population, même et surtout en cas de crise. Nos agriculteurs, leur honneur (je dis bien leur honneur : des extrémistes leur demandent d’avoir honte ; mais ils doivent être fiers), c’est de nous nourrir et surtout de continuer à pouvoir le faire avec des produits cultivés ou élevés dans des conditions toujours meilleures et d’ailleurs toujours plus strictes en Suisse, par des Suisses, pour les Suisses, dans l’intérêt des consommateurs que nous sommes tous d’avoir la chance de consommer à des coûts encore abordables des produits de qualité.

Jean-Luc Addor
Conseiller national
Vice-président de l’UDC du Valais romand